De la grammatologie



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DE LA GRAMMATOLOGIE

de la vérité en général : l'histoire de la vérité, de la vérité de la

vérité, a toujours été, à la différence près d'une diversion méta-

phorique dont il nous faudra rendre compte, l'abaissement de

l'écriture et son refoulement hors de la parole « pleine » ;

3. le concept de la science ou de la scientificité de la science

— ce que l'on a toujours déterminé comme logique — concept

qui a toujours été un concept philosophique, même si la pra-

tique de la science n'a en fait jamais cessé de contester l'im-

périalisme du logos, par exemple en faisant appel, depuis tou-

jours et de plus en plus, à l'écriture non-phonétique. Sans doute

cette subversion a-t-elle toujours été contenue à l'intérieur d'un

système allocutoire qui a donné naissance au projet de la science

et aux conventions de toute caractéristique non-phonétique

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.

Il n'a pu en être autrement. Il appartient néanmoins à notre



époque qu'au moment où la phonétisation de l'écriture — ori-

gine historique et possibilité structurelle de la philosophie comme

de la science, condition de l'epistémè — tend à s'emparer de

la culture mondiale

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, la science ne puisse plus s'en satisfaire



1. Cf. par exemple, les notions d' « élaboration secondaire » ou

de « symbolisme de seconde intention » in E. Ortigues, Le discours



et le symbole, pp. 62 et 171. « Le symbolisme mathématique est

une convention d'écriture, un symbolisme scriptural. C'est seule-

ment par un abus de vocabulaire ou par analogie que l'on parle

d'un « langage mathématique ». L'algorithme est en réalité une

« caractéristique », il consiste en caractères écrits. Il ne parle pas,

sinon par l'intermédiaire d'une langue qui fournit non seulement

l'expression phonétique des caractères, mais aussi la formulation

des axiomes permettant de déterminer la valeur de ces caractères.

Il est vrai qu'à la rigueur on pourrait déchiffrer des caractères

inconnus, mais cela suppose toujours un savoir acquis, une pensée

déjà formée par l'usage de la parole. Donc, en toutes hypothèses, le

symbolisme mathématique est le fruit d'une élaboration secondaire,

supposant au préalable l'nsage du discours et la possibilité de conce-

voir des conventions explicites. Il n'en reste pas moins que l'algo-

rithme mathématique exprimera des lois formelles de symbolisa-

tion, des structures syntaxiques, indépendantes de tel ou tel moyen

d'expression particulier. » Sur ces problèmes, cf. aussi G-G. Granger,

Pensée formelle et sciences de l'homme, p. 38 sq. et notamment

pp. 43 et 50 sq. (sur le Renversement des rapports de la langue



orale et de l'écriture).

2. Tous les ouvrages consacrés à l'histoire de l'écriture font une

place au problème de l'introduction de l'écriture phonétique dans

des cultures qui jusqu'ici ne la pratiquaient pas. Cf. par ex. EP,

p. 44 sq. ou La réforme de l'écriture chinoise, in Linguistique,

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EXERGUE

en aucune de ses avancées. Cette inadéquation avait tou-

jours déjà commencé à donner le mouvement. Mais quelque

chose aujourd'hui la laisse apparaître comme telle, en permet

une sorte de prise en charge, sans qu'on puisse traduire cette

nouveauté dans les notions sommaires de mutation, d'explici-

tation, d'accumulation, de révolution ou de tradition. Ces valeurs

appartiennent sans doute au système dont la dislocation se pré-

sente aujourd'hui comme telle, elles décrivent des styles de mou-

vement historique qui n'avaient de sens — comme le concept

d'histoire lui-même — qu'à l'intérieur de l'époque logocentrique.

Par l'allusion à une science de l'écriture bridée par la méta-

phore, la métaphysique et la théologie

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, l'exergue ne doit pas



seulement annoncer que la science de l'écriture — la gramma-

tologie

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 — donne les signes de sa libération à travers le monde



grâce à des efforts décisifs. Ces efforts sont nécessairement dis-

crets et dispersés, presque imperceptibles : cela appartient à

leur sens et à la nature du milieu dans lequel ils produisent

leur opération. Nous voudrions surtout suggérer que, si néces-

saire et si féconde qu'en soit l'entreprise, et même si, dans la

meilleure hypothèse, elle surmontait tous les obstacles techniques

et épistémologiques, toutes les entraves théologiques et méta-

physiques qui l'ont limitée jusqu'ici, une telle science de l'écri-

ture risque de ne jamais voir le jour comme telle et sous ce

nom. De ne pouvoir jamais définir l'unité de son projet et de



Recherches internationales à la lumière du marxisme, N° 7, mai-

juin 1958.

3. Nous ne visons pas ici seulement les « préjugés théologiques »

déterminés qui, à un moment et en un lieu repérables, ont infléchi

ou réprimé la théorie du signe écrit au XVII" et au XVIII

e

 siècles.



Nous en parlerons plus loin à propos du livre de M.-V. David.

Ces préjugés ne sont que la manifestation la plus voyante et la

mieux circonscrite, historiquement déterminée, d'une présupposition

constitutive, permanente, essentielle à l'histoire de l'Occident, donc

au tout de la métaphysique, même lorsqu'elle se donne pour athée.

4. Grammatologie : « Traité des lettrés, de l'alphabet, de la sylla-

bation, de la lecture et de l'écriture », Littré. A notre connais-

sance, ce mot n'a été utilisé, de nos jours, pour désigner le projet

d'une science moderne, que par I. J. Gelb. Cf. A study of writing

the foundations of grammatology, 1952 (le sous-titre disparaît dans

la réédition de 1963). Malgré un souci de classification systématique

ou simplifiée et malgré des hypothèses controversées sur la mono-

génèse ou la polygénèse des écritures, ce livre répond au modèle

des histoires classiques de l'écriture.

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