De la grammatologie



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DR LA GRAMMATOLOGIE

mune et exclut par là-même la ressemblance de l' « image »,

la dérivation ou la réflexion représentative. Et l'on recondui-

rait ainsi à son véritable sens, à sa première possibilité, l'ana-

logie apparemment innocente et didactique qui fait dire à

Saussure :

« La langue est comparable à un système de signes expri-

mant des idées, et par là, comparable à l'écriture, à l'alphabet

des sourds-muets, aux rites symboliques, aux formes de poli-

tesse, aux signaux militaires, etc. Elle est seulement le plus

important de ces systèmes » (p. 33. Nous soulignons).

Ce n'est pas davantage un hasard si, cent trente pages

plus loin, au moment d'expliquer la différence phonique comme

condition de la valeur linguistique (« considérée dans son

aspect matériel »

 16


), il doit encore emprunter à l'exemple

de l'écriture toute sa ressource pédagogique :

« Comme on constate un état de choses identique dans

cet autre système de signes qu'est l'écriture, nous le prendrons

comme terme de comparaison pour éclairer toute cette ques-

tion » (p. 165).

Suivent quatre rubriques démonstratives empruntant tous

leurs schémas et tout leur contenu à l'écriture

 17

.

16. « Si la partie conceptuelle de la valeur est constituée unique-



ment par des rapports et des différences avec les autres termes

de la langue, on peut en dire autant de sa partie matérielle. Ce

qui importe dans le mot, ce n'est pas le son lui-même, mais les

différences phoniques qui permettent de distinguer ce mot de tous

les autres, car ce sont elles qui portent la signification... jamais un

fragment de langue ne pourra être fondé, en dernière analyse,

sur autre chose que sur sa non-coïncidence avec le reste » (p. 163).

17. « Comme on constate un état de choses identique dans cet

autre système de signes qu'est l'écriture, nous le prendrons comme

terme de comparaison pour éclairer toute cette question. En fait :

1. Les signes de l'écriture sont arbitraires ; aucun rapport, par

exemple, entre la lettre t et le son qu'elle désigne ;

2. la valeur des lettres est purement négative et différentielle ;

ainsi une même personne peut écrire t avec des variantes telles

que

 La seule chose essentielle est que ce signe ne se



confonde pas sous sa plume avec celui de /, de d, etc. ;

3. les valeurs de l'écriture n'agissent que par leur opposition

réciproque au sein d'un système défini, composé d'un nombre déter-

miné de lettres. Ce caractère, sans être identique au second, est

étroitement lié avec lui, parce que tous deux dépendent du pre-

mier. Le signe graphique étant arbitraire, sa forme importe peu,

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LINGUISTIQUE ET GRAMMATOLOGIE

C'est donc encore à lui-même qu'il faut décidément opposer

Saussure. Avant d'être ou de n'être pas « noté », « représenté »,

« figuré » dans une « graphie », le signe linguistique implique

une écriture originaire. Désormais, ce n'est pas à la thèse de

l'arbitraire du signe que nous ferons directement appel, mais

à celle qui lui est associée par Saussure comme un indispen-

sable corrélat et qui nous paraît plutôt la fonder : la thèse de

la différence comme source de valeur linguistique

 18


.

Quelles sont, du point de vue grammatologique, les consé-

quences de ce thème maintenant si bien connu (et auquel d'ail-

leurs, Platon déjà, dans le Sophiste, avait consacré quelques

réflexions...) ?

La différence n'étant jamais en elle-même, et par défini-

tion, une plénitude sensible, sa nécessité contredit l'allégation

d'une essence naturellement phonique de la langue. Elle

conteste du même coup la prétendue dépendance naturelle du

signifiant graphique. C'est là une conséquence que Saussure

tire lui-même contre les prémisses définissant le système interne

de la langue. Il doit maintenant exclure cela même qui lui

avait pourtant permis d'exclure l'écriture : le son et son « lien

naturel » au sens. Par exemple :

« L'essentiel de la langue, nous le verrons, est étranger au

caractère phonique du signe linguistique » (p. 21).

Et dans un paragraphe consacré à la différence :

« Il est impossible que le son, élément matériel, appartienne

lui-même à la langue. Il n'est pour elle qu'une chose secon-

daire, une matière qu'elle met en œuvre. Toutes les valeurs

conventionnelles présentent ce caractère de ne pas se con-

fondre avec l'élément tangible qui leur sert de support... »

« Dans son essence, il [le signifiant linguistique] n'est aucune-

ment phonique, il est incorporel, constitué, non par sa

ou plutôt n'a d'importance que dans les limites imposées par le

système ;

4. le moyen de production du signe est totalement indifférent,

car il n'intéresse pas le système (cela découle aussi du premier

caractère). Que j'écrive les lettres en blanc ou en noir, en creux

ou en relief, avec une plume ou un ciseau, cela est sans importance

pour leur signification » (165-166).

18. « Arbitraire et différentiel sont deux qualités corrélatives »

(p. 163).

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DE LA GRAMMATOLOGIE

substance matérielle, mais uniquement par les différences

qui séparent son image acoustique de toutes les autres »

(p. 164).

« Ce qu'il y a d'idée ou de matière phonique dans un

signe importe moins que ce qu'il y a autour de lui dans les

autres signes » (p. 166).

Sans cette réduction de la matière phonique, la distinction,

décisive pour Saussure, entre langue et parole, n'aurait aucune

rigueur. Il en irait de même pour les oppositions survenues

dans sa descendance entre code et message, schéma et usage,

etc. Conclusion : « La phonologie, elle — il faut le répéter

— n'en est [de la science de la langue] qu'une discipline

auxiliaire et ne relève que de la parole » (p. 56). La parole

puise donc à ce fonds d'écriture, notée ou non, qu'est la langue,

et c'est ici qu'on doit méditer la connivence entre les deux

« fixités ». La réduction de la phonè révèle cette connivence.

Ce que Saussure dit par exemple du signe en général et qu'il

« confirme » par l'écriture, vaut aussi pour la langue : « La

continuité du signe dans le temps, liée à l'altération dans le

temps, est un principe de la sémiologie générale ; on en trou-

verait confirmation dans les systèmes d'écriture, le langage des

sourds-muets, etc. » (p. 111).

La réduction de la substance phonique ne permet donc pas

seulement de distinguer entre la phonétique d'une part (et

a fortiori l'acoustique ou la physiologie des organes phonateurs)

et la phonologie d'autre part. Elle fait aussi de la phonolo-

gie elle-même une « discipline auxiliaire ». Ici la direction

indiquée par Saussure mène au-delà du phonologisme de ceux

qui se réclament de lui sur ce point : Jakobson juge en effet

impossible et illégitime l'indifférence à la substance phonique

de l'expression. Il critique ainsi la glossématique de Hjelmslev

qui requiert et pratique la neutralisation de la substance sonore.

Et dans le texte cité plus haut, Jakobson et Halle soutiennent

que 1' « exigence théorique » d'une recherche des invariants

mettant entre parenthèses la substance sonore (comme un

contenu empirique et contingent) est :

1. impraticable puisque, comme « le note Eli Fischer-

Jorgensen », « on tient compte de la substance sonore à toute

étape de l'analyse », Mais est-ce là « une troublante contra-

diction », comme le vcuienl Jakobson et Halle ? Ne peut-on

en tenir compte comme d'un fait servant d'exemple, ce que



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