De la grammatologie



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DE LA GRAMMATOLOGIE

l'édition des Confessions

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 que « l'Essai sur l'origine des langues



a paru pour la première fois dans un volume de Traités sur

la musique de J.-.J. Rousseau que publia Du Peyrou à Genève,

en 1781, d'après le manuscrit qu'il détenait et qu'il a légué à

la Bibliothèque de Neuchâtel (N° 7835) ». Les éditeurs des

Confessions attirent l'attention sur ce « très remarquable opus-

cule, trop peu lu » et s'appuient sur les citations de Duclos pour

le situer après le second Discours. « Enfin, ajoutent-ils, la

matière même de l'Essai suppose des connaissances et une matu-

rité de pensée que Rousseau n'avait pas acquises en 1750 ».

C'est aussi l'avis de R. Derathé

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, du moins en ce qui concerne



les chapitres IX et X qui sont parmi les plus importants et qui,

expliquant la « Formation des langues méridionales » et la

« Formation des langues du nord », développent des thèmes

fort apparentés à ceux du second Discours.

N'est-il pas vraisemblable — et tentant d'imaginer — que

Rousseau ait pu étaler la rédaction de ce texte sur plusieurs

années ? Ne pourrait-on alors y relever diverses strates de sa

réflexion ? Les citations de Duclos n'auraient-elles pu être intro-

duites assez tard ? Certains chapitres importants n'auraient-ils

pu être composés, complétés ou remaniés en même temps que

le second Discours ou même après lui ? Cela concilierait les

interprétations et donnerait une certaine autorité à l'hypothèse

de ceux qui aujourd'hui placent le projet, sinon toute la rédac-

tion, de l'Essai bien avant 1754. Vaughan considère ainsi, pour

des raisons externes, que l'Essai a été projeté avant le second

Discours et même avant le premier Discours (1750)

 9

. II se



rattache en effet très étroitement aux écrits sur la musique.

Son titre complet le dit bien : Essai sur l'origine des langues,



où il est parlé de la Mélodie, et de l'Imitation musicale. Or

on sait que les écrits sur la musique répondent à une inspira-

tion très précoce. En 1742, Rousseau lit à l'Académie des

Sciences son Projet concernant de nouveaux signes pour la



musique. En 1743 paraît la Dissertation sur la musique moderne.

En 1749, année de composition du premier Discours. Rous-

seau écrit, à la demande de d'Alembert, les articles sur la

7. Pléiade (T. 1. p. 560, n° 3).

8. Le rationalisme de Rousseau, 1948, pp. 17-18. Rousseau et

la science politique de son temps, 1950, p. 146.

9. Political writings, I, 10, Cf. aussi Hendel. J.-J. Rousseau



moralist. T. I. p. 66 sq.

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L' « ESSAI SUR L'ORIGINE DES LANGUES »

musique pour l'Encyclopédie. C'est à partir de ces articles qu'il

composera le Dictionnaire de musique auquel VEssai a été

soudé lors de sa première publication. Ne peut-on dès lors

imaginer que VEssai a été entrepris à cette époque, même si, sa

rédaction se prolongeant durant plusieurs années, Rousseau en

a modifié jusqu'en 1754 certaines intentions et certains chapitres

jusqu'à songer à faire de l' Essai, comme il le dit dans une

« Préface

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 », une pièce du second Discours ?

Pourtant, malgré la commodité et la vraisemblance de cette

conjecture conciliante, il reste un point sur lequel, pour des

raisons internes et systématiques, il est difficile d'effacer le

désaccord en distribuant à chaque hypothèse sa période et sa

part de vérité. Il faut ici prendre parti.

Il s'agit du contenu philosophique du chapitre IX « Forma-

tion des langues méridionales. ». C'est au sujet de ce chapitre

fondamental que R. Derathé et J. Starobinski se séparent. Ils

ne se sont certes jamais opposés directement sur ce point.

Mais ils lui consacrent l'un et l'autre une note

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 et cette

confrontation doit nous aider à éclairer notre problème.

Que VEssai soit une pièce destinée au second Discours, c'est

là, selon Derathé, l'hypothèse « la plus vraisemblable, du moins

en ce qui concerne les chapitres IX et X... qui témoignent

des mêmes préoccupations que le Discours sur l'inégalité ».

Or, c'est précisément dans le chapitre IX que Starobinski

relève une affirmation qui lui paraît incompatible avec l'inten-

tion du second Discours. Il en conclut que la pensée de Rous-

seau a évolué. Et elle n'a pu le faire que de l' Essai au Discours

puisque la doctrine ne variera plus, semble-t-il, sur le point

considéré, après 1754. L'Essai serait donc antérieur, systémati-

quement et historiquement, au second Discours, Et cela appa-

raîtrait à l'examen du statut qu'il reconnaît ici et là à ce

sentiment fondamental qu'est selon lui la pitié. En un mot, le

Discours en fait une affection ou une vertu naturelle, précé-

dant l'usage de la réflexion, alors que dans l' Essai, Rousseau

semble juger nécessaire qu'elle soit préalablement éveillée —

laissons pour l'instant toute son indétermination à ce mot — par

le jugement.

10. Cf. infra., p. 277

11. Nous avons déjà cité celle de Derathé. Cf. aussi J. Staro-

binski, édition du second Discours dans la « Pléiade », p. 154,

notè,2.

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